Compagnie Prana

Mala - temps de recherche - photo de Jeanne Paturel

Note d’intention

MALA

Par delà les infortunes récurrentes du monde,
l’art, pour moi, demeure un moteur essentiel.
Quelque chose qui ne peut être détruit.
Une transmission à réinventer sans fin, génératrice d’enthousiasme.
Cette nouvelle pièce chorégraphique multiplie les déclinaisons.
Un peintre dans sa recherche esquisse des paysages temporels.
Un poète tente un dialogue imprévisible entre Moïse et Shiva.
Autant d’approches pour habiter le temps autrement.

Avec Un Tracé, ma dernière création, réalisée avec Catherine Legrand en 2019, nous avons cherché des gestes qui présentaient des ressemblances entre le langage de Dominique Bagouet et la danse indienne Mohini Attam, ainsi qu’avec d’autres styles de danse que j’ai pratiqués en Inde. 

En 1987, alors que je posais mon premier pas sur la terre indienne et avant de me plonger entièrement dans la culture keralaise, j’ai visité à Cochin la synagogue, parallèlement à bien des temples. Plus tard, en 2018, j’ai rencontré Joseph Elias Josephai, l’étonnant gardien d’une autre ancienne synagogue de cette même ville.  

De là est né tout un questionnement sur le signe, le langage, la transmission, les migrations d’un peuple vers un autre pays. Qu’est ce qui est gardé de l’ancien, qu’est ce qui est adopté du nouveau, qu’advient-il de ces confluences  ?  

De là est né cette nouvelle création Mala, où je tisse un lien entre mes propres origines et la grande Inde mythique des voyageurs, celle où j’ai été pour apprendre et pratiquer des gestes ancestraux.

La Mala est un collier de perles, ou une guirlande. Elle orne la mariée, les divinités hindoues, la danseuse, elle est le chapelet du moine. Elle est bénéfique et structurante. Elle rassemble des fleurs, des pierreries, du bois, de l’or ou de l’argent. Au centre de chaque mala, passe le fil. Elle se dépose, se retourne, se torsade, peut se casser, se réparer, se renfile. Chaque mala a une histoire…

Cette création qui porte son nom puise son inspiration dans une traversée mémorielle, de savoir-faire et d’imaginaires.

Dépassant les limites du contemporain et du traditionnel, c’est une fable philosophique, chorégraphique et poétique, une ouverture sur le transnational. Avec Zéno Bianu, poète, Marc Feld, peintre, Jean-Christophe Feldhandler, musicien et compositeur, mais aussi Sylvie Garot, pour la lumière, Joe Ikareth pour le costume, Sylvain Labrosse pour la vidéo et Brigitte Prost pour la dramaturgie, Mala s’est construit pas à pas, nourrie de ma mémoire interne, de la danse, de la poésie, de la musique, du chant, et de la peinture, autant de vecteurs de connaissances, d’expressions et de survivances. 

Le texte poétique se parle et se chante.

La danse rencontre l’image.

Birgitte Chataignier

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